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Les Cahiers

Un monde en noir et blanc
Amitiés postcoloniales

25 juin 2009

Dans un monde en noir et blanc, les Indiens les plus foncés de peau ne sont pas noirs, ils sont Indiens. Les Sénégalais ou les Camerounais, en revanche, sont noirs. Au mieux, ils sont - indistinctement - africains. Dans la postcolonie, il subsiste du colonial. Le travail de décolonisation exige patience et persévérance tant les clichés sont pratiquement efficients, les représentations pérennes et les langages inadaptés. Comptons sur nous : telle est la politique de l’amitié. Avec des textes de Seloua Luste Boulbina (dir.), Jean-Marie Gustave Le Clézio, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Souleymane Bachir Diagne, Myriam Cottias, Crystal Fleming, Stéphanie Melyon-Reinette, Christelle Gomis, Fatma Agoun Perpère, Laura Hengehold, Jean-Godefroy Bidima, Matthieu Renault, Ismaël Sélim Khaznadar, Kader Attia



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Sommaire du numéro 10

Seloua Luste Boulbina : Avant-Propos
Jean-Marie Gustave Le Clézio : La liberté, comme une supplique, comme un appel dans la voix du blues et du jazz
Seloua Luste Boulbina : Le postcolonial et l’amitié comme politique
Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau : La créolisation et la persistance de l‘esprit colonial
Souleymane Bachir Diagne : L’esclavage dans le monde actuel : vivre en présence du passé
Myriam Cottias, Crystal Fleming, Seloua Luste Boulbina : Nos ancêtres les Gaulois… La France et l’esclavage aujourd’hui
Stéphanie Melyon-Reinette : Afro-américanisation : d’Haïti à New York City
Christelle Gomis : Les troupes coloniales françaises et l’occupation de la Rhénanie (1918-1930)
Fatma Agoun Perpère : La peau et le masque : images de la femme noire dans les contes maghrébins
Laura Hengehold : Sorcellerie, subjectivation et souveraineté : Foucault au Cameroun*
Jean-Godefroy Bidima : Philosophie et traditions dans l‘espace public africain
Matthieu Renault : Vie et mort dans la pensée de Frantz Fanon
Ismaël Sélim Khaznadar : Constantine
Kader Attia et Seloua Luste Boulbina : L’art comme réappropriation du monde

* Original english version available online : Laura Hengehold, « Witchcraft, Subjectivation, and Sovereignty : Foucault in Cameroon »

Avant-propos

Un monde en noir et blanc

Quand on dit « minorités », et il n’y a de minorités que locales et politiques, certains sortent, immédiatement, leur revolver : quotas et statistiques ethniques. « Quoi ? disent-ils, cela a-t-il un sens, intellectuellement parlant, de compter ? » Oui, il est important de compter ceux qui, pour l’instant seulement, et non pas pour toujours, ne comptent pas. Combien dans les gouvernements ? Combien dans les parlements ? Combien dans les universités ? Combien, enfin, et comment, dans les « revues savantes » ? Compter, c’est se demander comment et par qui nous sommes gouvernés. Les bons comptes, en effet, font les bons amis.

Ici, à Paris, on préfèrera parler de « minorités visibles » plutôt que de parler, comme le feraient les Américains, des « Afro-Français ». On parlera des « Blacks » plutôt que des Guadeloupéens ou des Réunionnais, des Martiniquais ou des Guyanais, en laissant de côté - c’est si loin - le « peuple autochtone » des Kanaks comme d’autres encore. On laissera les enfants de Maliens ou d’Haïtiens de côté : où les caser ? On ne saura plus alors distinguer les histoires puisque, de l’Afrique à l’Amérique, on aura fait de la carnation le principal trait d’union.

Dans un monde en noir et blanc, les Indiens les plus foncés de peau ne sont pas noirs, ils sont Indiens. Les Sénégalais ou les Camerounais, en revanche, sont noirs. Au mieux, ils sont - indistinctement - africains.

Dans la postcolonie, il subsiste du colonial. Le travail de décolonisation exige patience et persévérance tant les clichés sont pratiquement efficients, les représentations pérennes et les langages inadaptés. Comptons sur nous : telle est la politique de l’amitié.

Je remercie les amis qui ont contribué à ce numéro des Cahiers de Sens Public.

Seloua Luste Boulbina

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